Majoration travail dominical IDCC Mareyeurs-expéditeurs

Bonjour,

Voici ce que dit notre convention collective concernant le travail dominical (IDCC 1589) :

« Tous les salariés bénéficient d’un repos hebdomadaire dont la durée ne peut être inférieure à 1 jour et demi consécutif par semaine. Le dimanche est obligatoirement un jour de repos. Lorsque des salariés sont appelés à travailler exceptionnellement le dimanche, le repos est déplacé et organisé par roulement sur 1 jour et demi non nécessairement consécutif. Toutes les heures accomplies ce jour-là font l’objet d’une majoration de salaire de 100 %, les majorations pour heures supplémentaires éventuelles étant incluses dans cette majoration. »

Nous avons un point de vente ouvert le dimanche. Jusqu’à présent, seuls les associés travaillaient ce jour-là. Cet été nous avons eu plus de besoins, les salariés en place ne souhaitant pas travailler le dimanche, nous avons donc recruté une saisonnière uniquement pour les dimanches.

Il lui a été annoncé que ses heures du dimanche seraient majorées de 100 %.

Je suis secrétaire dans cette petite structure d’une dizaine de salariés et nous avons un cabinet qui établit nos bulletins de salaire. En vérifiant les bulletins, je constate que les dimanches de la saisonnière ne sont pas majorés. Je fais donc la remarque à ma conseillère aux affaires sociales du cabinet.

Elle me répond que c’est normal, car selon elle, la salariée ne travaille pas « exceptionnellement » le dimanche puisqu’elle travaille tous les dimanches. C’est donc uniquement le terme « exceptionnellement » qui, selon son interprétation, exclut la majoration dans cette situation.

Je lui explique alors que nous avons annoncé à la salariée que ses heures seraient majorées et lui demande donc de rectifier son bulletin. Nous verrons ensuite, à la fin de la saison, si nous avons toujours besoin de quelqu’un le dimanche et nous aviserons à ce moment-là.

Elle me répond que si nous majorons pour cette salariée, nous devrons ensuite majorer pour tous les suivants par souci d’équité et qu’elle s’est informée auprès de son service juridique avant de me répondre.

Puis je commence à m’interroger sur cette interprétation du terme « exceptionnellement ».

Si on suit son raisonnement, cela donnerait par exemple (cas réel) :

  • Salarié A travaille tous les dimanches : pas de majoration.
  • Salariée B accepte de travailler un dimanche sur quatre à compter de septembre : habituel ou exceptionnel ? Que recouvre exactement ce terme ?
  • Salariée C refuse habituellement de travailler le dimanche mais accepte de venir nous dépanner ponctuellement : ses heures seraient, elles, majorées de 100 %.
  • Et si B et C travaillent le même dimanche, l’une serait majorée et l’autre non, alors qu’elles effectuent exactement le même travail le même jour ?

Super l’équité !

Pour ma part, je comprends « exceptionnellement » non pas comme « de manière occasionnelle » ou « pas tous les dimanches », mais comme le fait que le dimanche est normalement un jour de repos obligatoire et que, lorsque le salarié est malgré tout amené à travailler ce jour-là, les heures effectuées sont majorées de 100 %.

Mais je me trompe peut-être dans mon interprétation.

Je cherche donc à comprendre comment nous devons interpréter ce passage de la convention collective et surtout ce que recouvre juridiquement le terme « exceptionnellement » dans cette rédaction.

Merci d’avance à ceux qui pourront m’éclairer.

Bonjour Séverine,

Votre question porte sur une difficulté d’interprétation de la convention collective, qu’il est difficile de trancher de manière catégorique sur le seul terme « exceptionnellement ».

La convention collective prévoit que le dimanche est obligatoirement un jour de repos et envisage ensuite l’hypothèse où des salariés sont « appelés à travailler exceptionnellement le dimanche ».La difficulté est que le texte ne définit pas ce qu’il faut entendre par « exceptionnellement ».

On peut effectivement retenir une lecture selon laquelle ce terme renvoie au caractère occasionnel ou inhabituel du travail dominical pour le salarié. Dans cette approche, un salarié recruté spécifiquement pour travailler tous les dimanches aurait un travail dominical qui fait partie de son organisation habituelle, ce qui pourrait conduire à ne pas appliquer la majoration prévue par ce texte.

Mais une autre lecture peut consister à considérer que le caractère exceptionnel s’apprécie par rapport au principe posé par la convention collective, à savoir que le dimanche est normalement un jour de repos. Dans cette logique, le travail dominical constitue une dérogation à ce principe, même lorsqu’il est régulier pour le salarié concerné.

En l’absence d’une jurisprudence spécifique à la convention IDCC 1589 ou d’un avenant d’interprétation clair rédigé par les partenaires sociaux de la branche, les deux interprétations sont débattables.

Dans ce type de situation, lorsqu’une disposition conventionnelle laisse place à interprétation, l’entreprise peut être amenée à retenir une position, puis à l’appliquer de manière cohérente aux salariés placés dans une situation comparable. La question de savoir s’il convient de majorer les dimanches d’une salariée qui travaille habituellement ce jour-là relève donc de la position retenue par l’entreprise sur l’interprétation de la convention.

Un point de vigilance dans votre situation : ce qui a été annoncé à la salariée

Quel que soit l’interprétation entreprise retenu sur ce point de la convention collective, le point déterminant dans votre situation réside dans ce qui a été formalisé avec la salariée :

  • Si une majoration de 100 % a été mentionnée dans le contrat de travail ou confirmée par écrit lors de l’embauche (promesse d’embauche, échanges de courriels), cet engagement contractuel s’impose à l’entreprise.
  • Si l’accord était uniquement oral, la situation est différente et mérite d’être appréciée au regard des éléments dont dispose l’entreprise.

En résumé, il s’agit d’un arbitrage entre l’interprétation stricte du texte, la politique RH que l’entreprise souhaite mener et les engagements pris lors du recrutement.

Bien à vous,

Bonjour,

Merci infiniment pour la clarté de votre réponse.

Il est évident que nous allons respecter notre engagement envers la salariée qui n’aurait pas accepté le poste au taux horaire de base. Il ne m’a pas semblé indiqué de le mentionner dans le contrat puisque pour moi il n’y avait aucun doute sur la majoration.

Notre particularité tient au fait que nous dépendons de la CC mareyeurs-expéditeurs et que nous avons aussi un commerce de détail pour lequel s’applique cette même convention. Parfois la CC ne colle pas aux deux activités. Pour le mareyage, le travail dominical sera toujours exceptionnel, pas de question à se poser. Mais le commerce lui est ouvert chaque dimanche, pourtant on doit composer avec cette CC et bien sûr éviter la discrimination de rémunération entre les salariés.

Merci encore.

Cordialement,

Séverine